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Présentation
Site Cinéma & Politique

Par Franck Bousquet, février 2005
Rédacteur en chef Politique & Cinéma


Le cinéma a été le seul art propre ainsi que la principale industrie culturelle du vingtième siècle. Cette constatation, au demeurant banale, contient une évidence lourde de sens : la dimension politique incontournable du septième art. Les films ont en effet, dès leur apparition, volontairement ou fortuitement, accompagné, représenté ou commenté l’histoire contemporaine. Ils ont aussi été de véritables enjeux de pouvoir pour les grands groupes économiques aussi bien que pour les gouvernements. Les politiques culturelles se sont ainsi toujours préoccupées d’un cinéma par essence prescripteur de représentations du monde, même s'il n’a que rarement revendiqué ce statut.

Aujourd’hui, le cinéma est débordé de toutes parts. En tant que technique de diffusion, il est dépassé par la télévision ; en tant que structure originale de mise en forme des récits, il est concurrencé par le jeu vidéo ; mais, surtout, il est remis en cause dans sa dimension ontologique le liant au réel par la création d’images entièrement virtuelles. Toutefois, il dispose encore d’une force politique singulière. Envisageons d’abord ses principaux concurrents au titre de pourvoyeur de représentations du monde.

Relevant d’une logique de flux continu, la télévision est plus intéressante en tant que dispositif que par la particularité des images qu’elle fournit. Elle ne possède en effet pas la capacité propre de déployer une image du monde originale, susceptible de renouveler le commentaire sur la société. Le secret de sa puissance recèle dans sa capacité à s’inscrire dans la durée et dans la sphère privée, ce qui lui permet de développer une intimité entre le spectacle et le spectateur, mais lui ôte la dimension politique d’une projection publique. En outre, analyser une œuvre télévisuelle revient à s’arrêter sur la mise en scène, le montage et le scénario, trois points éminemment cinématographiques.

Le jeu vidéo, quant à lui, s’inspire suffisamment, dans ses formes les plus populaires, des procédés cinématographiques pour que son étude n’en soit pas encore séparée. L’art du récit, l’arborescence scénaristique, l’insistance sur le hors champ et l’identification du spectateur sont des voies déjà explorées par le cinéma. En revanche, l’autonomie, le choix du joueur et l’existence d’un monde à découvrir sont des pistes originales, mais peut-être incompatibles avec le type de lien social typiquement politique mis en jeu par les films. Dans ses développements les plus intéressants, le jeu vidéo semble en effet se référer à une communauté des mêmes dans laquelle chacun reste irréductiblement seul face à une expérience unique plutôt qu’à un groupe d’égaux fondamentalement différents mais capables de partager une émotion commune. L’analyse des nouvelles images*, désormais présentes dans de plus en plus de films classiques, paraît alors le moyen le plus simple pour questionner l’évolution dans la manière d’aborder la temporalité et le point de vue que l’on devine contenue dans certains jeux vidéos.

Au final, si le cinéma n’est plus le média de l’image dominant, il est toujours le seul dispositif capable de projeter le spectacle de représentations profondément politiques, de visions d’organisations identitaires et sociales dont l’intérêt et la pertinence se sont affirmés tout au long du vingtième siècle.

C’est pourquoi le lien unissant cinéma et politique nous semble toujours, non seulement intéressant pour mieux comprendre le septième art, mais aussi et surtout pour nous aider à penser le monde contemporain à travers son rapport aux représentations. Le site que nous mettons sur pied devra donc être l’occasion de questionner cette relation dans chacune de ses nombreuses dimensions.
Nous envisageons cet instrument dans tout son dynamisme et sa souplesse. Nous souhaitons en effet que ce site vive et évolue constamment et soit placé au centre d’une réflexion collective sur l’ensemble des problématiques pouvant être développées.

Dans un premier temps c’est le rapport du cinéma aux identités collectives sur lequel nous avons décidé de nous interroger. Un colloque organisé par le Laboratoire de Recherche en Audiovisuel est ainsi organisé à l’Abbaye école de Sorèze pour explorer ce premier aspect du couple cinéma et politique. D’autres événements, articles et réflexions suivront afin que ce site s’enrichisse régulièrement et deviennent véritablement la référence dans le domaine des études impliquant une analyse du cinéma en termes politiques.

Franck Bousquet, février 2005

* Souvent abordée à travers une interrogation sur les nouvelles technologies informatiques utilisées par le cinéma

Collection dirigée par Alexandre Tylski. © copyright cadrage.net/arkhome.fr 2005