APPEL A ARTICLE
par le LAPRIL
Bordeaux III, France
Automne 2005
FICTIONS D'ANTICIPATION POLITIQUE
L'équipe
"Représentations du politique ", créée
au sein du LAPRIL, dirigé à Bordeaux 3 par
G. Peylet, lance l'appel à article suivant, en vue
de la publication, dans la collection Eidôlon, d'un
ouvrage collectif, qui sera mis au point par Michel Prat
et Alain Sebbah.
On
pourrait définir de façon simple la "
fiction d'anticipation politique " comme celle qui,
à partir de données actuelles (c'est-à-dire,
en fait, de l'époque où l’œuvre
a été créée) projette l'action
dans un avenir plus ou moins lointain (anticipation), afin
de donner une image précise de ce que peut/risque
de devenir notre civilisation.
Littérature
et le cinéma se complètent et, par certains
aspects, inévitablement, divergent dans la façon
de représenter ce devenir. Il s’agira moins
de s’engager dans une comparaison de plus entre littérature
et cinéma que de mesurer dans les œuvres littéraires
et cinématographiques les plus récentes l’évolution
des problématiques et des thèmes. Dans le
domaine littéraire, certaines de ces œuvres
ont mis l'accent sur la mise en place d'un mode de vie nouveau
et/ou de valeurs nouvelles (ex: Brave New world d'A. Huxley),
après une rupture cataclysmique (ex: Towards the
end of time , de J. Updike, Le Radeau de pierre de J. Saramago)
; d'autres sur l'organisation de la vie sociale par un pouvoir
fort (The lron Heel de J. London, 1984 de G. Orwell ; Heliopolis
d'E. Jünger, Globalia de J.C. Ruffin). Dans le domaine
du cinéma on peut penser au film de Fritz Lang, Métropolis
et à sa réécriture par Rintaro, sous
le même titre mais en dessin animé (sorti en
2002). Le passage d’une forme à l’autre
est tout aussi problématique que les variations thématiques
: quelle image se forge–t–on du cataclysme au
début du XXème siècle et au début
du XXIème siècle ? quelles représentations
du pouvoir ? quelles représentations de l’humanité
(à travers les classes sociales, les figures de l’humanoïde,
etc.) ? Comment est–on passé de La Jetée
de Chris Marker, à L’Armée des douze
singes de Terry Gilliam ? Le premier (confidentiel en 1962)
se proclame photo–roman à la frontière
du cinéma, le second (1997) a eu une audience internationale.
Plusieurs
aspects de ces romans et de ces films méritent qu'on
s'y attarde:
Dans le domaine de la littérature, la représentation
de la rupture avec l'ancien monde est fort diverse : guerre,
cataclysme, saut dans le temps (ex : Heliopolis, l'action
se déroule dans l'avenir, mais le narrateur se situe
dans un futur encore plus éloigné, à
un moment où 1'humanité a dépassé
ses crises archaïques). La rupture avec l’ancien
monde peut être la clé de l’intrigue
(ex :La Planète des singes, roman ou film ). Cette
rupture n’est pas toujours figurée, elle peut–être
inscrite dans la mémoire d’un personnage (celui
qu’interprète E. G. Robinson dans le film de
Richard Flescher Soleil Vert), elle peut prendre la forme
d’une anticipation dans l’anticipation (voir
la dernière séquence d’I. A. (sortie
en 2001) de Steven Spielberg).
L'effet de réel: mise en scène de personnages
qui ne sont pas fondamentalement différents du lecteur,
mais qui évoluent dans un environnement autre (Brave
new world, Heliopolis), et dont l'auteur s'applique à
imaginer avec précision la vie quotidienne (Heliopolis).
Effet de réel qui devient, pour des raisons différentes,
un des ressorts du film, dans Matrix par exemple, ou encore
dans Pleasantville (Gary Ross, 1999).
L'aspect prophétique de ces œuvres (certaines
prévisions se sont réalisées), et leur
portée critique: elles dénoncent le présent
en décrivant l'avenir (ex: dans Globalia un monde
clos de riches servis par la technique est coupé
d'un univers de pauvres vivant dans des états dégradés
de vie matérielle et de culture).
La question du pouvoir: représentation d'un pouvoir
dictatorial et/ou manipulateur. Jamais le cas d'une démocratie
n'est envisagé. Ce pouvoir peut prendre des aspects
politiques, mais aussi économiques (voir dans Blade
Runner la " Tyrell Corporation "). Plus fréquemment,
le pouvoir s’appuie sur la sélection des individus
(Bienvenue à Gattaca).
La
ville, souvent conçue pour être le siège
du pouvoir, par exemple dans Héliopolis, peut apparaître
sous différentes formes formes, particulièrement
au cinéma. Son caractère symbolique est associé
à une géographie : ville détruite ou
interdite (La Planète des singes), ville enfouie
sous les eaux (I. A.), ville dans la ville (Soleil vert),
ville sous la ville (Métropolis), les variations
semblent infinies. La ziggourat (Blade Runner, la version
de Metropolis de Rintaro), la tour de Babel, sont fréquemment
évoquées.
Les
exemples donnés ci-dessus ne sont évidemment
destinés qu'à servir de points de repère.
On pourra non seulement s'intéresser à d'autres
œuvres majeures (Farenheit 451 de R. Bradbury, On the
Beach de Nevil Shute...), mais à des productions
de la paralittérature, dans lesquelles les thèmes
et les procédés utilisés apparaissent
souvent avec une grande netteté.
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